L’homéopathie contre la rhinite allergique, que disent les études ?
Par la rédaction · · 6 min de lecture

Chaque printemps, ou dès que la poussière se soulève, le nez coule, les yeux piquent et les éternuements s’enchaînent par salves. Beaucoup de personnes cherchent alors une solution plus douce que les comprimés, et le granulé ou le spray homéopathique vient vite à l’esprit. L’homéopathie contre la rhinite allergique a pourtant été regardée de près, par une évaluation officielle en 2019 puis par des essais cliniques spécifiques à cette allergie.
En bref
- Les études ne permettent pas de conclure à une efficacité solide : une revue systématique publiée en 2017 juge la qualité globale des preuves « faible ou incertaine », avec 8 essais sur 11 à risque de biais élevé, et ne retient que de petits effets possibles pour certains produits.
- La Haute Autorité de santé a conclu le 26 juin 2019 que les médicaments homéopathiques n’avaient pas démontré une efficacité suffisante pour justifier un remboursement, sur 24 affections et symptômes étudiés.
- Le remboursement par l’Assurance maladie a pris fin le 1er janvier 2021, après une baisse du taux de 30 % à 15 % au 1er janvier 2020.
- La rhinite allergique se traite avec des mesures d’éviction de l’allergène, des antihistaminiques, des corticoïdes nasaux et, dans les formes sévères, une désensibilisation ; consultez si les symptômes durent ou s’accompagnent d’asthme.
Que disent les études sur l’homéopathie contre la rhinite allergique ?
Les études disponibles sont peu nombreuses et de qualité faible à incertaine. Une revue systématique publiée en 2017 dans le Journal of Alternative and Complementary Medicine (Banerjee, Mathie, Costelloe et Howick) a rassemblé les essais randomisés publiés jusqu’en décembre 2015 : 11 essais étaient éligibles, tous contrôlés par placebo sauf un.
- 8 essais sur 11 présentent un risque de biais élevé ; un seul essai, sur l’isopathie dans la rhinite saisonnière, apporte des preuves jugées fiables.
- Six essais portaient sur l’isopathie, mais ils n’ont pas pu être regroupés à cause de leur hétérogénéité.
- Trois essais de qualité variable sur une plante, Galphimia glauca, dans la rhinite saisonnière, ont été regroupés : ils montrent un avantage sur le placebo pour les symptômes nasaux (rapport de risque de 1,48 à 2 semaines et de 1,27 à 4 semaines) et oculaires (1,55 à 2 semaines et 1,37 à 4 semaines).
- Un spray nasal homéopathique a donné une amélioration équivalente à un spray nasal conventionnel sur les symptômes nasaux et oculaires.
Les auteurs concluent que Galphimia glauca ou un spray nasal homéopathique pourraient avoir de petits effets bénéfiques, mais que la qualité globale des preuves est faible ou incertaine et impose la prudence. L’efficacité de l’isopathie reste floue.
Qu’a conclu la Haute Autorité de santé en 2019 sur l’homéopathie ?
La commission de la transparence de la HAS a rendu un avis défavorable au maintien du remboursement des médicaments homéopathiques, adopté à la majorité le 26 juin 2019. Il s’agissait de la première évaluation scientifique française de ces médicaments : près de 1 200 médicaments concernés, plus de 1 000 publications analysées, les dossiers de trois laboratoires examinés, et 9 mois de travail.
La commission a identifié des données scientifiques pour 24 affections et symptômes, comme les troubles de l’anxiété, les verrues plantaires, les soins de support en oncologie ou les infections respiratoires aiguës de l’enfant. Pour l’ensemble de ces situations, elle a estimé que ces médicaments n’avaient pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier un remboursement. Quatre raisons sont données :
- absence de preuve de l’efficacité (données cliniques insuffisantes ou absentes) ;
- pas de nécessité de recourir systématiquement à un médicament, classique ou homéopathique, pour des maladies sans gravité ou qui guérissent spontanément ;
- absence d’étude robuste sur la qualité de vie des patients ;
- absence d’impact attribuable à ces médicaments sur la consommation d’autres médicaments, le mésusage, les hospitalisations ou les retards de prise en charge.
Pourquoi l’homéopathie n’est-elle plus remboursée ?
Elle n’est plus remboursée parce que le Gouvernement a suivi l’avis de la HAS, au nom du principe que la solidarité nationale ne doit financer que des médicaments dont l’efficacité a été démontrée. Le déremboursement a été progressif : le taux de remboursement est passé de 30 % à 15 % au 1er janvier 2020, puis les médicaments homéopathiques ont cessé d’être pris en charge par la Sécurité sociale au 1er janvier 2021.
Le déremboursement porte sur la prise en charge par l’Assurance maladie, retirée faute de preuve d’efficacité suffisante. La HAS ajoute que le recours à l’homéopathie ne doit pas retarder la prescription des soins nécessaires, en particulier pour les maladies graves et évolutives.
Quels traitements de la rhinite allergique ont été évalués ?
Les traitements de référence suivent une progression décrite par la HAS dans un avis de la commission de la transparence du 5 février 2020. La première mesure est d’éviter l’allergène dans la mesure du possible, ce qui est difficile pour les pollens. Le traitement médicamenteux fait ensuite appel d’abord aux antihistaminiques oraux ou nasaux et aux cromones, puis aux corticoïdes nasaux.
| Traitement | Place et niveau de preuve selon les documents officiels |
|---|---|
| Éviction de l’allergène | Première mesure, quand elle est possible (HAS, 2020) |
| Antihistaminiques oraux ou nasaux, cromones | Premier traitement médicamenteux (HAS, 2020) |
| Corticoïdes nasaux | Option en cas d’échec des antihistaminiques dans une forme non sévère ; d’emblée dans une forme sévère (HAS, 2020) |
| Associations corticoïde nasal et antihistaminique | Proposées dans les formes modérées à sévères par les recommandations ARIA de 2016, avec un niveau de preuve faible |
| Corticoïdes oraux en cure courte | En cas d’échec des traitements précédents (HAS, 2020) |
| Immunothérapie allergénique (désensibilisation) | Recours possible dans la rhinite sévère en échec de la corticothérapie (HAS, 2020) |
| Homéopathie | Efficacité insuffisamment démontrée pour un remboursement (HAS, 2019) ; preuves de qualité faible ou incertaine (revue de 2017) |
La HAS recommande de rechercher la dose minimale efficace de corticoïdes nasaux.
Peut-on essayer l’homéopathie sans risque contre une rhinite allergique ?
On peut l’essayer sans danger direct, mais l’essai ne doit pas retarder un traitement efficace ni masquer des symptômes qui changent. L’avis de la HAS note que les affections peu graves ou qui guérissent spontanément ne nécessitent pas toujours un médicament. Pour une allergie, la première mesure reste d’éviter l’allergène dans la mesure du possible.
Consultez le médecin si les symptômes durent plus de quelques semaines, s’ils perturbent le sommeil ou l’école, ou s’ils s’accompagnent d’une toux sifflante ou d’une gêne respiratoire, ce qui peut évoquer de l’asthme. Appelez le 15 en cas de difficulté à respirer qui s’aggrave, de gonflement du visage ou de la gorge, ou de malaise après une exposition à un allergène. Chez l’enfant, parlez-en au pédiatre avant tout traitement répété.
Questions fréquentes
L’homéopathie est-elle un simple placebo ?
Les documents officiels formulent la conclusion en termes de preuves : la HAS dit que ces médicaments n’ont pas démontré une efficacité suffisante, et l’information gouvernementale parle d’absence d’efficacité avérée. La revue de 2017 a comparé les produits à un placebo et trouvé de petits effets possibles pour certains, avec des preuves de faible qualité.
Que signifie le rapport de risque de 1,48 de la revue de 2017 ?
Il compare l’amélioration des symptômes nasaux avec Galphimia glauca à celle obtenue avec un placebo à 2 semaines : une valeur au-dessus de 1 va dans le sens du traitement. Il porte sur trois essais de qualité variable et ne prouve pas à lui seul l’efficacité, d’où la conclusion de preuves « faibles ou incertaines ».
Les antihistaminiques sont-ils le seul traitement possible ?
Non. La HAS décrit un choix gradué : éviction de l’allergène, antihistaminiques oraux ou nasaux, cromones, puis corticoïdes nasaux, avec une immunothérapie allergénique réservée aux formes sévères en échec. Le choix dépend de l’intensité des symptômes et de l’âge.
Combien coûtait l’homéopathie à l’Assurance maladie ?
Selon l’information gouvernementale de juillet 2019, le remboursement de l’homéopathie avait représenté, l’année précédente, 126,8 millions d’euros sur environ 20 milliards d’euros pour l’ensemble des médicaments remboursés. Moins de 10 % de la population en avait bénéficié, pour un montant moyen inférieur à 2 euros par mois.
Un médicament homéopathique peut-il retarder un diagnostic ?
C’est le point d’alerte de la HAS : le recours à l’homéopathie ne doit pas retarder la prescription des soins nécessaires. Pour une rhinite qui ne passe pas, un avis médical permet de vérifier l’allergène en cause et d’écarter une autre cause.
Sources
Sources consultées le 31 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Haute Autorité de santé, « Médicaments homéopathiques : une efficacité insuffisante pour être proposés au remboursement », 28 juin 2019. Adresse : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3066934/fr/medicaments-homeopathiques-une-efficacite-insuffisante-pour-etre-proposes-au-remboursement
- Gouvernement, info.gouv.fr, « Déremboursement des médicaments homéopathiques », 10 juillet 2019. Adresse : https://www.info.gouv.fr/actualite/deremboursement-des-medicaments-homeopathiques
- Haute Autorité de santé, « NASACORT (triamcinolone (acétonide de)) », avis de la commission de la transparence du 5 février 2020, mis en ligne le 6 mars 2020. Adresse : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3159927/fr/nasacort-triamcinolone-acetonide-de
- Banerjee K, Mathie RT, Costelloe C, Howick J., « Homeopathy for Allergic Rhinitis: A Systematic Review », Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2017, 23(6) : 426-444, PubMed. Adresse : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28437146/


