Un couvre-feu jusqu’à quand ? Petites questions sur l’efficacité d’une mesure anti-Covid de moins en moins respectée par les Français | Atlantico.fr

© PHILIPPE LOPEZ / AFP

Endiguer l’épidémie

Un couvre-feu jusqu’à quand ? Petites questions sur l’efficacité d’une mesure anti-Covid de moins en moins respectée par les Français

Alors que la situation sanitaire demeure extrêmement fragile, le gouvernement ne fait toujours pas la distinction entre mesures de confinements -partiels ou non- et véritable stratégie ZéroCovid.

Atlantico.fr : La crise sanitaire en France semble avoir atteint un plateau et les contaminations sont de l’ordre de 20 000 cas par jour sans variation importante depuis plusieurs semaines. Conserver aussi longtemps des mesures aussi contraignantes qu’un couvre-feu à 18 h a-t-il un sens deux mois après leur mise en place ? Le couvre-feu a-t-il atteint ses limites en terme d’efficacité ?

Dr Florian Zores et Eric Billy : Comme le reconnaît Olivier Véran, on n’est jamais sorti de la deuxième vague. Le coût humain de la gestion de la seconde vague est bientôt le DOUBLE de celui de la première vague, et on ajoute 400+/jour, autant dire qu’à ce rythme au printemps le virus aura tué 100-120,000 personnes en France. Peut-on donc considérer que la gestion actuelle est efficace? Non. Car elle est passive et ne repose pas sur des mesures de reprise du contrôle.

Le couvre-feu ne permettra jamais de contrôler et réduire la diffusion du virus dans les établissements scolaires, les entreprises,etc. Tant que les lieux ou activités à risque ne seront pas sécurisés par une politique de tests itératifs, de traçage rétrospectif, d’un plan de qualité de l’air afin de contrer la transmission aérienne du virus, on ne reprendra pas le contrôle.

l’efficacité du couvre feu est donc limité et pourrait finir par être ressenti négativement et participer à la défiance vis-à-vis de solutions plus strictes qui deviendraient nécessaires, en maintenant de manière prolongée une limitation des libertés, sans efficacité majeure.

 

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Des chercheurs de l’université de Stanford ont remis en cause l’efficacité d’accentuer toujours plus les mesures restrictives dans une étude. Ils expliquent “que les avantages significatifs d’une croissance de NPI (intervention non pharmaceutiques) plus restrictives sont quasiment inexistants. Les réductions similaires de la croissance des cas peuvent être réalisables avec des interventions moins restrictives.”. Par quels biais scientifiques, pouvons-nous juger l’efficacité des mesures mises en place ?

Dr Florian Zores et Eric Billy : Cette étude a été réalisée par le Prof. John P. A. Ioannidis connu pour ses positions extrêmes, soutien de la première heure de l’HCQ et qui maintenant reconnait que cela a certainement coûté la vie à 100,000 personnes. L’étude se base sur des critères très subjectifs, en prenant comme référence des pays comme la Suède et la Corée du Sud, n’ayant pas pris de mesure de confinement, mais ayant une gestion de la crise bien différente. Par ailleurs, la période considérée est réduite et différente en fonction des pays, et donc très sujette à des biais non contrôlés, et ils ne prennent pas en compte la mise en place et la temporalité des mesures de freinage de la diffusion du virus. L’étude ne comporte aucune correction pour comparer l’évolution du nombre de cas avec la mise en place des mesures.  La Corée avec une approche zéro COVID dès le début, une adhérence parfaite de la population aux recommandations, a su maîtriser la circulation du virus: il est sous contrôle, pas inexistant. La Suède est quasiment en confinement aujourd’hui du fait de la circulation importante du virus, et vient d’évoquer pour la première la fermeture des magasins non essentiels. Cette circulation virale importante rend la vaccination à grande échelle propice à l’émergence de variants.

On peut juger de l’efficacité des mesures en regardant précisément l’évolution de l’incidence, des cas hospitalisation et des décès au cours du temps. Cependant, la mesure n’est pertinente que si l’ensemble des paramètres disponibles sont pris en compte: géographique, densité de population, activité économique. On doit donc considérer et agir en fonction de la territorialisation de la situation et des mesures.

En disant que la situation est sous-contrôle, le gouvernement ne risque-t-il pas que la population adapte son comportement et ne respecte plus le couvre-feu ? La perception de la menace par la population doit-elle être prise en compte lors de la mise en place et l’application des mesures ?

 

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Dr Florian Zores et Eric Billy : L’adhésion de la population aux mesures est réelle, la l’absence de rebond majeur après les fêtes de fin d’année a bien montré que le message était passé et que les gens ont fait attention à ne pas se contaminer en famille.

Cependant l’adhésion s’érode avec le temps et en particulier si le public ne voit pas de résultats probants, car les efforts consentis et restrictions ne se traduisent pas dans les faits par une amélioration notable des index de suivis de la pandémie: Cas +; hospitalisation et décès. Dans les territoires en tension, la déprogrammation des activités médicales et chirurgicales non COVID impacte la santé de l’ensemble de la population locale.

Pour obtenir l’adhésion du public aux mesures il faut avoir une communication claire, expliquant les différentes étapes: la situations, les objectifs et les différentes mesures envisagées, et en se tenant aux objectifs (exemple des 5000 cas par jour qui devait faire lever le confinement en décembre et qui n’ont pas été respectés). Ce n’est que comme cela que l’on obtient que le public devienne acteur des solutions au lieu d’avoir l’impression de les subir.

Aujourd’hui on ne peut pas faire plus et refaire un confinement light comme en novembre ne sera pas nécessairement plus pertinent sur le moyen terme.

 

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Une stratégie zéro-covid est-elle la seule solution pour arrêter durablement l’épidémie ?

Dr Florian Zores et Eric Billy : La circulation du virus est trop importante pour penser que l’on peut maîtriser l’épidémie en se basant sur la vaccination de masse de la population alors que cela va prendre des mois avec le risque d’apparition de variant du fait de la forte incidence territoriale actuelle.

La seule solution c’est d’allier une politique qui permet de limiter la circulation du virus en isolant efficacement les personnes contaminées et ainsi casser les chaînes de transmission. Les contaminations ont lieu essentiellement par cluster, il faut donc renforcer l’isolement des cas positifs ou contacts, tracer de manière rétrospective pour isoler les lieux et activités à risque de contamination, puis tester en début et fin de la quarantaine pour s’assurer de la non contagiosité. Le traçage ne peut cependant s’envisager de manière efficace que si le nombre de nouveaux cas est limité ; la situation actuelle déborde nos possibilités de traçage des cas contacts.

Il faut donc allier les mesures de confinement territorialisé qui est une mesure de freinage avec des mesures actives de reprise du contrôle: mise en place d’un vrai plan de qualité de l’air et de l’aération dans les lieux clos, prendre en compte la vectorisation aérienne du virus (aérosols et postillons), déploiement massif de tests adaptés aux lieux et public afin de pouvoir faire des tests réguliers et systématiques, avec un résultat très rapides pour isoler tôt (max 1 heure), reprendre l’activité socio-économique après certification que les conditions de ventilation empêchent le risque de contamination aérienne: étudier la spécificité des lieux et activités pour adapter la possibilité d’ouverture ou la nécessité de fermeture (ouverture des musées par exemple), etc.

 

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Ce n’est qu’en associant des mesures de freinage ET de sécurisation/contrôle que l’on arrivera à une circulation faible du virus qui sera compatible avec une bonne activité socio-économique et une condition pour le déploiement rapide et sûr d’une vaccination de masse, seule solution pour empêcher la diffusion du virus sur le long terme. Les 12 derniers mois et la période post première vague nous ont montré que les stratégies de freinage seules ne font que reporter l’arrivée de la vague suivante du fait de la circulation non maîtrisée du virus dans la population : un confinement n’a de sens que si on se donne les moyens d’éviter le suivant, ce que nous n’avons jamais fait jusque là.

Par le Dr Florian Zores, cardiologue, et Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie, Strasbourg, membres du collectif “Du côté de la Science”

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