Oxygénothérapie en phase initiale de COVID-19 : attention danger !

L’HAS a publié le 9 novembre des Réponses rapides sur la prise en charge à domicile des patients atteints de la Covid-19 et requérant une oxygénothérapie (https://www.urpsmlgrandest.fr/data/doc-358/20201110/2954_1.pdf). Dans ce document, parmi des recommandations sur la prise en charge post-hospitalière sur lesquelles il n’y a pas à redire, l’HAS propose que certains patients en phase pré-hospitalière puissent être mis sous oxygène à domicile : patients jeunes, sans comorbidités, pour lesquels un aidant est présent 24/7, et domiciliés à moins de 30 minutes d’un hôpital. En cas d’aggravation « en quelques heures » un contact hospitalier doit être pris. Le texte précise « Ces critères tiennent compte des facteurs de risque de forme grave de Covid 19 identifiés par le HCSP ».

Quasiment au même moment, la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) publie un document sur le même sujet, dans lequel elle recommande que l’oxygénothérapie à domicile en phase initiale ne soit envisagée que « chez des patients en limitations thérapeutiques dans un contexte de décision argumentée de non hospitalisation » (https://t.co/pUpeXgC3tr?amp=1). D’un côté l’HAS propose l’oxygène à domicile pour des patients pour qui on ferait le maximum en cas de dégradation et nécessiteraient une prise en charge réanimatoire. De l’autre la SPLF propose de l’oxygène à domicile pour des patients pour qui on souhaite pouvoir offrir une fin digne à leur domicile.

Cette proposition de l’HAS met les patients en danger et doit être abandonnée :

1. Cette proposition va à l’encontre des données publiées sur le sujet, comme Le Collectif Du Côté de La Science l’a rappelé dans son communiqué de presse du 9 novembre https://ducotedelascience.org/oxygene-a-domicile-en-phase-precoce-une-mauvaise-idee-qui-ne-tient-pas-compte-des-donnees-de-la-science/

2. Depuis ce communiqué de presse, une étude (préprint) rétrospective chez des patients pris en charge à domicile par les ambulanciers suggère une corrélation entre saturation à domicile et risque de décès . La hausse du risque de décès apparaît dès que la saturation descend en dessous de 94%, et augmente de manière linéaire à mesure que la saturation décroît.(https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.11.06.20225938v1.full.pdf+html)

3. Ce texte propose une prise en charge hasardeuse et non évaluée scientifiquement à des patients qui bénéficieraient pleinement d’une prise en charge hospitalière. Nous devons le marteler : Primum non nocere !

4. Cette prise en charge fait reposer sur l’aidant la charge immense de la surveillance 24/7 d’un patient pouvant décompenser à tout moment sous la forme d’un tableau « d’hypoxie heureuse » (le patient se dégrade mais ne s’en rend pas compte). Ces patients sont surveillés habituellement par des équipes de soin H24 : comment fera un aidant seul ? Quelle sera la responsabilité du médecin généraliste ayant proposé cette prise en charge ?

5. La dégradation de l’état du malade se fait en quelques minutes, non pas en quelques heures ! Être à une demi heure d’un hôpital (à vol d’oiseau ou en véhicule ? aux heures de pointes ou aux heures creuses ?), c’est déjà être trop loi. Comme le rappellait Clarisse Audigier-Valette, «Le Covid est un animal sournois» https://www.liberation.fr/france/2020/11/09/le-covid-est-un-animal-sournois_1805051

6. Il semble y avoir une incompréhension dans la phrase « Ces critères tiennent compte des facteurs de risque de forme grave de Covid 19 identifiés par le HCSP ». Ces critères sont ceux observés dans les populations chez qui les patients requérant un apport en oxygène sont pris en charge en hospitalisation. Qui dit que les facteurs pronostics sont les même si on décide de changer la prise en charge et d’en garder à domicile malgré les besoins en oxygène ? Car ce n’est plus la même population, dès lors que la prise en charge initiale change !

Ces recommandations sont extrêmement dangereuses et doivent être retirées. Elles démontrent une méconnaissance de la pathologie et du terrain en médecine de ville. Elles semblent avoir été rédigées sans l’expertise des sociétés savantes. Ce n’est pas avec une telle prise en charge qu’on ne limitera pas les admissions à l’hôpital ; on risque en revanche d’hospitaliser des patients plus graves. 

Ou alors ce texte est l’aveu que les autorités sanitaires anticipent que l’épidémie risque de nous échapper, et que nous n’aurons alors pas d’autres choix, compte tenu de la submersion du système de santé, que de faire de la médecine de catastrophe en prenant en charge des patients de manière dégradée. Les images italiennes actuelles sont effrayantes, mais si les autorités redoute qu’on en arrive là à court terme, , alors il n’y a qu’une chose à faire : confiner ; confiner vraiment et totalement. Et préparer la suite.