Covid-19: faut-il des capteurs de CO2 pour surveiller la bonne aération des salles de classe?

Covid-19: faut-il des capteurs de CO2 pour surveiller la bonne aération des salles de classe?

Un système de ventilation installé dans une salle de classe au lycée IGS de Mayence, dans l'ouest de l'Allemagne, pour lutter contre le Covid-19, le 12 novembre 2020

Un système de ventilation installé dans une salle de classe au lycée IGS de Mayence, dans l’ouest de l’Allemagne, pour lutter contre le Covid-19, le 12 novembre 2020Daniel ROLAND © 2019 AFP

Désormais “préconisés” par le ministère de l’Éducation nationale dans les cantines, ces capteurs ont été adoptés assez largement dans les écoles allemandes. De quoi susciter l’agacement des enseignants français, dépourvus.

C’est un petit boîtier dont sont désormais équipées de nombreuses écoles en Allemagne. Il s’agit d’un capteur de dioxyde de carbone (CO2), dont la présence permet de surveiller la qualité de l’air et, en bout de course, limiter la propagation du Sars-CoV-2. Depuis lundi, le nouveau protocole sanitaire émis par le ministère de l’Éducation nationale en préconise l’usage dans les lieux de restauration scolaire.

“Une aération ou une ventilation des espaces de restauration doit être fréquemment assurée (…) Il est préconisé de contrôler le renouvellement de l’air, par exemple par l’utilisation de capteurs de CO2”, peut-on lire sur le site du ministère, sous le lien “organisation de la restauration”.

Concrètement, lorsque ces capteurs indiquent que le seuil d’alerte est atteint, c’est qu’il devient bon d’aérer la salle de classe. Un réflexe conseillé déjà depuis plusieurs mois par le ministère de l’Éducation, qui permet de dilluer les particules infectieuses que chacun expulse en parlant ou en respirant. Comme le résume Le Figaro, plus la concentration en CO2 est élevée dans une pièce, plus la charge d’aérosols pouvant transporter le coronavirus risque d’être importante.

“On fait l’autruche”

À cette aune, l’inclusion de ce dispositif dans le dernier protocole sanitaire en vigueur semble être une bonne nouvelle. Elle arrive toutefois trop tardivement, selon le SNUipp-FSU, principal syndicat des instituteurs. “Cela fait partie des choses qu’on réclame depuis très longtemps. L’Allemagne est beaucoup plus en avance, comme sur bien des sujets”, s’agace sa secrétaire générale, Guislaine David, auprès de BFMTV.com.

“On fait l’autruche, on n’anticipe pas la circulation du virus dans les écoles, l’arrivée du variant, la question de l’aération des salles de classe… On pourrait prendre plein de mesures avant de s’interroger sur la fermeture des écoles comme on le fait en ce moment. Là on est en février 2021 et on se pose la question des capteurs de C02”, poursuit-elle.

La syndicaliste voit un problème majeur surgir à l’horizon, celui du financement. Comme le dispose le code de l’éducation, c’est aux communes qu’incombent les dépenses d’équipement et de fonctionnement des écoles publiques. Cela inclura donc ces éventuels capteurs. Or, cette capacité de financement change d’une commune à l’autre, en fonction de son endettement, de la taille des écoles à équiper, etc.

“Ce n’est pas un hasard si la préconisation des capteurs est limitée aux cantines dans le protocole sanitaire: le ministère n’a pas à mettre la main à la poche”, soupire une directrice d’école en zone REP.

Besoin d’expérimenter

Cette même source trouve “étonnant” que Jean-Michel Blanquer ne se soit pas emparé de ce sujet plus tôt et, plus encore, qu’il ait été discrètement glissé dans un protocole sanitaire sans faire l’objet d’une pédagogie plus ample.

“On aurait pu nous dire, par exemple, que cela coûte trop cher aux collectivités locales et donc que c’est pour cela qu’on a tardé. Là c’est un peu la grosse surprise pour les communes, ça demande une installation. Ce n’est pas un truc qu’on peut acheter chez Conforama ou Leroy Merlin du soir au matin”, raille cette directrice.

Prudente, elle estime néanmoins que l’utilisation de ces capteurs de CO2 est “une hypothèse de travail”, aux effets bénéfiques demeurant à étudier plus concrètement. “Ça tombe comme un cheveux sur la soupe alors qu’il aurait fallu l’expérimenter sur le terrain”, insiste-t-elle.

Certains parents d’élèves se mobilisent déjà pour faire en sorte que les écoles puissent s’en procurer. Le collectif Écoles et Familles Oubliées milite par exemple pour qu’un recours soit intenté devant le Conseil d’État afin que, entre autres, des capteurs de CO2 et des purificateurs d’air deviennent obligatoires en milieu scolaire, au-delà des seules cantines.

Indicateur

Généralisés ou non à l’ensemble des écoles de France, les capteurs ne sont qu’un indicateur. Ils ne permettent pas de mesurer le taux de contamination virale d’une pièce, quelle qu’en soit la taille. Interrogée par Le Figaro, la directrice de l’école primaire de Heidwiller (Haut-Rhin), dont les classes sont munies d’un capteur de dioxyde de carbone, juge toutefois la démarche utile.

“Le protocole sanitaire nous demande d’aérer toutes les deux heures, mais on s’est vite rendu compte que cela grimpait très très rapidement”, affirme-t-elle.

De son côté, le Haut Conseil de Santé Publique en a préconisé l’usage, écrivant en octobre que “la mesure en continu de la concentration en dioxyde de carbone, à l’aide de capteurs, permet d’en juger la qualité”.

“Ce qui n’est pas normal”, d’après Guislaine David, “c’est que l’Éducation nationale n’aide pas les communes, notamment les plus endettées, à s’équiper. Certaines ne sont pas en capacité d’équiper leurs écoles en capteurs de CO2”.

Et la secrétaire générale du SNUipp-FSU d’évoquer les errements, selon elle, du premier déconfinement: “Après tout, on a rouvert les écoles en mai en s’aperçevant qu’elles n’avaient pas assez de lavabos pour se laver les mains…” Contacté, le ministère de l’Éducation nationale n’a pas répondu à nos questions sur les capteurs.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV

 

Source: Covid-19: faut-il des capteurs de CO2 pour surveiller la bonne aération des salles de classe?

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