Les traitements anti Covid qui existent déjà sont-ils les grands oubliés de la politique sanitaire ? | Atlantico.fr

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Les traitements anti Covid qui existent déjà sont-ils les grands oubliés de la politique sanitaire ?

Publié le 19 décembre 2020

Alors que les campagnes de vaccination contre le Covid-19 débutent dans certains pays du monde, les traitements développés pour lutter contre la maladie sont moins présents dans les esprits.

Alors que les campagnes de vaccination contre le Covid-19 débutent dans certains pays du monde, les traitements développés pour lutter contre la maladie sont moins présents dans les esprits.

Le collectif Du Côté de la Science est un groupe indépendant de scientifiques qui alerte et conseille sur la lutte contre le COVID-19, et appelle à ce qu’elle soit fondée sur les données de la science et débattue avec des citoyens informés.

Le Dr Jérôme Marty est médecin généraliste et président de l’UFMLS.

Alors que les campagnes de vaccination contre le Covid-19 débutent dans certains pays du monde, les traitements développés pour lutter contre la maladie sont moins présents dans les esprits.

Atlantico : En pleine euphorie de campagne de vaccination, les traitements développés pour lutter contre le coronavirus semblent moins d’actualité. Pourtant aux États-Unis, un traitement aux anticorps dits « monoclonaux » a reçu la validation de la Food and Drug Administration. Ces traitements pourraient-ils empêcher le développement de formes graves du Covid-19 ?

Collectif Du Côté de la Science : Qu’est ce qu’un anticorps monoclonal ? C’est un traitement basé sur l’isolement d’anticorps des patients ayant eu le Covid-19, pour les reproduire (cloner) en grande quantité et les injecter à titre préventif, suite à un procédé inventé en 1975, Nobélisé en 1984.

Ces traitements peuvent être efficaces s’ils sont administrés au bon moment à la bonne cible. Les études cliniques démontrent l’absence d’effet, lorsque ces traitements sont délivrés au décours des formes graves hospitalisées, car l’administration est trop tardive. Les patients gravement atteints souffrent en effet en premier lieu de défaillances d’organes liés à la destruction tissulaire induite précédemment par le virus. Donner un mAb (monoclonal AntiBoby, ou anticorps monoclonal) ne peut à ce terme de la maladie que bloquer le virus dans sa phase descendante, et n’améliore que peu l’état du patient. C’est ce que prouvent les RCT (essais contrôlés randomisés), en concluant sur l’absence d’amélioration de la survie, et sur un discret raccourcissement de la durée d’hospitalisation (ou une baisse de la charge virale et une diminution du risque d’hospitalisation pour les patients âgés ou avec comorbidités New England Journal of Medicine)

Frédéric Marty : L’efficacité des anticorps monoclonaux doit être bien étudiée. Quant au spray nasal, c’est en fait une autre forme de vaccination. En effet, on sait qu’au niveau de la muqueuse nasale se trouvent beaucoup de récepteurs ACR2 sur lesquels se fixent le virus avant de pénétrer les cellules. Cela permet donc une plus grande diffusion du produit.

Pour l’instant, et c’est le paradoxe de cette pathologie, on a trouvé plus facilement un vaccin qu’un traitement. Alors que pour le coronavirus, on sait qu’un vaccin est très compliqué à mettre en œuvre. C’est l’inverse du HIV où en 40 ans on n’a pas réussi à faire un vaccin parce qu’il s’agit d’un virus qui mute énormément. On a donc mis en place des traitements antiviraux. Pour le Covid-19, le virus mute certes souvent mais il s’auto-répare. Ce sont pas des mutations importantes et le virus est relativement stable.

Si on a un traitement efficace, ce serait une autre voie. On a trois façon de sortir de cette crise. Il y a la partie préventive à l’intérieur de laquelle on peut mettre les tests et les gestes barrières, il y a la partie vaccinale et puis la partie traitement qu’on a pas encore totalement trouvée jusqu’à présent.

Les difficultés vécues par les gouvernements dans la maîtrise de l’épidémie et la préparation de la campagne de vaccination, ont-elles pu contribuer à leur faire perdre de vue que certains traitements (qui peuvent être efficaces s’ils sont bien utilisés) avaient été développés parallèlement ?

Collectif Du Côté de la Science A ce jour, les études sur les mAb et les sérums de convalescents n’ont pas montré d’effet favorable sur la survie, et un faible bénéfice sur la durée d’hospitalisation des patients. Les mAb de Eli Lilly ou Regeneron, administrés par exemple au Président américain, ont vraisemblablement eu un effet positif, car celui-ci était testé régulièrement, voire quotidiennement, ce qui a pu permettre un traitement en phase pré-symptomatique (avant l’apparition des signes) ou au pic de la multiplication virale. C’est donc dès sa positivité connue, que les anticorps lui ont été administrés, ce qui a empêché  le développement d’une forme grave, en bloquant le virus en pleine expansion.

Ce cas particulier n’est pas techniquement et logistiquement transposable à l’ensemble d’une population, sauf à tester de façon très large et très régulière (deux fois par semaine) les personnes à risque, ou dans certains lieux (EHPAD, entreprises, écoles, etc) notamment avec des tests faciles d’accès et à déployer, comme les tests salivaires. Cela permettrait alors d’utiliser les mAb au bon moment, en particulier chez les patients avec comorbidités à risque, ou prédispositions connues aux formes graves. Nous ne pouvons donc que déplorer que le test EasyCov salivaire ne soit à ce jour que recommandé par la HAS chez les patients présentant des symptômes (alors que ce test est français, et plus largement utilisé ailleurs).

Frédéric Marty : Je ne pense pas qu’on ait « tout mis » sur le vaccin. Si un laboratoire pouvait vraiment trouver un traitement, il le ferait. Il faut quand même prendre en compte que ça ne fait qu’un an que ce virus nous a frappé. Ca reste une période assez courte. Peut-être trouvera-t-on le traitement dans les mois qui viennent. Il faut faire les choses bien et trouver quelque chose qui aura des taux de réussite supérieur à 90 %. Si c’est une efficacité à la marge, ça n’a pas d’intérêt.

Les traitements anti-Covid sont désormais le fer de lance des anti-vaccins qui estiment qu’il ne sert à rien de se faire vacciner, puisque des traitements existent. L’un peut-il remplacer l’autre ou sont-ils complémentaires ?

Collectif Du Côté de la Science : Ce sont deux entités très différentes, et les buts recherchés sont eux aussi différents.

Les vaccins permettent aux patients de développer une réponse immunitaire maximale, humorale et cellulaire, afin de contrer les variants actuels du virus, et certainement la plupart des variant à venir ; alors que les anticorps monoclonaux, en raison de leur spécificité d’une seule séquence reconnue au niveau de la protéine Spike, peuvent devenir inefficace en cas de mutation spécifique de cette séquence. Les sérums de convalescents ne présentent pas ce risque *car ils sont polyclonaux, plus séquences de la protéine virale reconnue), mais ne peuvent être produits en aussi grande quantité que les mAb (ils sont issus de plasmaphérèses).

Il existe aussi une très importante différence de coût, car les vaccins présentent actuellement un prix évalué entre 2.5 et 18 euros la dose alors que les anticorps monoclonaux ou les sérums sont beaucoup plus onéreux à produire (plusieurs centaines ou milliers d’euros).

Autre différence, les vaccins bénéficient d’une parfaite reproductibilité de fiabilité et d’une fabrication aisée, alors que les mAB et sérums sont issus de patients convalescent, peuvent connaître une efficacité variable et sont plus difficiles et longs à produire.

On peut résumer en affirmant que les vaccins sont peu chers, aisés à fabriquer à grande échelle, et que leur efficacité est démontrée ; alors que les anticorps thérapeutiques sont difficiles à produire, très onéreux, et n’ont pas fait la preuve de leur efficacité sur la survie, ni sur les formes graves, par défaut d’essais sur les personnes à risque, et par méconnaissance  des marqueurs biologiques prédictifs de formes graves.

Frédéric Marty : Les anti-vaccins sont encore pour des traitements qui sont ceux dont on débat depuis mars et qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. Avec le recul qu’on peut avoir sur l’hydroxychloroquine, on sait aujourd’hui qu’elle n’est pas malheureusement pas efficace.

La mouvance anti-vax reprend tous les éléments du complotisme. Ils n’ont aucun éléments scientifique, ils sont dans le scientisme et la politique extrême, voire très extrême. Il faut davantage s’intéresser à ceux qui doutent. A ceux là, il faut leur répondre dans la plus grande rigueur scientifique et dans la plus grande transparence pour leur laisser le choix de se faire vacciner ou non.

Le sujet vous intéresse ?

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